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Ibn Khaldoun Was Right: China Read Him. The West Did Not.

Seven centuries ago, on the arid plains of the Maghreb, a Tunisian scholar named Abd al-Rahman Ibn Khaldoun laid the foundations of what would become, unbeknownst to the West for centuries, the first genuinely scientific theory of civilisational history. In his Muqaddima (Prolegomena), written in 1377, he forged a central concept: Assabiyya , that collective energy, that irreducible social cohesion which allows a human group to rise, to conquer, to build, and, ineluctably, to decline. Seven centuries later, as the West digests with considerable unease what is politely referred to as "China's rise," it struck me that this medieval concept offers a reading key of troubling relevance. Not to celebrate, nor to condemn, this is not about passing political judgment on the regime in Beijing, but to understand: how did a civilisation that certain Western intellectuals had rather hastily buried in the rubble of the nineteenth century manage, in less than two generations, to shake...

Ibn Khaldoun avait raison : la Chine l'a lu, l'Occident pas

Il y a sept siècles, dans les plaines arides du Maghreb, un lettré tunisien nommé Abd al-Rahman Ibn Khaldoun posait les fondements de ce qui allait devenir, à l'insu de l'Occident pendant des siècles, la première théorie véritablement scientifique de l'histoire des civilisations. Dans sa Muqaddima (Prolégomènes), rédigée en 1377, il forge un concept central : l' Assabiyya , cette énergie collective, cette cohésion sociale irréductible qui permet à un groupe humain de se soulever, de conquérir, de bâtir, et, inéluctablement, de décliner. Sept siècles plus tard, à l'heure où l'Occident digère, non sans vertige, ce que l'on appelle pudiquement « la montée en puissance de la Chine », il m'a semblé que ce concept médiéval offrait une clé de lecture d'une pertinence troublante. Non pour célébrer ni pour condamner, il ne s'agit pas ici de porter un jugement politique sur le régime de Pékin, mais pour comprendre : comment une civilisation que certains i...

Leaving the Sex War Behind: A Call for a Return to Cordiality

There was a time when feminist battles possessed the clarity of moral self‑evidence. Securing the right to vote, equal pay encoded in law, access to education, legal capacity, property autonomy: these struggles belonged to the long tradition of the Enlightenment, expanding the circle of fully recognized humanity. Simone de Beauvoir, Betty Friedan, Gloria Steinem embodied a demand for emancipation whose legitimacy was difficult to contest, even for their most fervent opponents. But something has fractured. Contemporary feminism, particularly the strain arising from American campuses, gender studies departments, social networks and an increasing number of media and institutional circles, resembles less and less a universal movement of emancipation and more and more an ideology of resentment. Where their predecessors fought for equal rights, some of today’s leading figures openly advocate what can only be described as contempt for or hatred of men. Statements like "men are the proble...

Sortir de la guerre des sexes : pour un retour de la cordialité

Il fut un temps où les batailles féministes avaient la clarté des évidences morales. Obtenir le droit de vote, l'égalité salariale inscrite dans la loi, droit de vote, accès à l’éducation, capacité juridique, autonomie patrimoniale : ces combats s'inscrivaient dans la longue tradition des Lumières, élargir le cercle de l'humanité pleinement reconnue. Simone de Beauvoir, Betty Friedan, Gloria Steinem portaient une exigence d'émancipation dont la légitimité était difficile à contester, même pour leurs adversaires les plus acharnés. Mais quelque chose s'est fracturé. Le féminisme contemporain (celui des campus américains, des départements d' « études de genre », des réseaux sociaux et d'un nombre croissant de cercles médiatiques et institutionnels) ressemble de moins en moins à un mouvement d'émancipation universelle et de plus en plus à une idéologie de ressentiment. Là où ses aînées combattaient pour l'égalité des droits, certaines de ses figures actu...

The Architect and the Barbarian: The Tragic Divorce of Competence and Virtue

Ever since human beings emerged from the state of nature to build cities, a fundamental tension has shaped social order: how should we choose those who must lead, and on what criteria should their legitimacy rest? If we strip power structures of their inherited ornamentation, only two pillars remain on which an individual’s value within the social body truly stands: competence, which is operational intelligence, and virtue, which is moral integrity oriented toward the common good. Competence allows us to act effectively upon the world. Virtue determines to what end, and within what limits, that power is exercised. The history of civilizations is the story of oscillation between these two poles. When both qualities are united, a civilization prospers sustainably. When they diverge, it drifts toward collapse. Today, a bitter truth confronts us: we are living at the height of an era in which efficiency has devoured ethics. We have built a caste system in which know‑how has eclipsed know‑b...

L’Architecte et le Barbare : le divorce tragique de la compétence et de la vertu

Depuis que l'humain s'est extrait de l'état de nature pour bâtir des cités, une tension fondamentale structure l'ordre social : comment désigner ceux qui doivent mener, et sur quels critères fonder leur légitimité ? Si l'on dépouille les structures de pouvoir de leurs oripeaux hérités, il ne reste que deux piliers sur lesquels repose la valeur d'un individu au sein du corps social : la compétence, cette intelligence opératoire, et la vertu, cette intégrité morale tournée vers le bien commun. La compétence permet d’agir efficacement sur le monde. La vertu détermine dans quel but et avec quelles limites cette puissance sera exercée.  L'histoire des civilisations est le récit de l'oscillation entre ces deux pôles. Lorsque ces deux qualités sont réunies, une civilisation prospère durablement. Lorsqu’elles se dissocient, elle s’expose à la dérive. De nos jours, un constat amer s'impose : nous vivons l'apogée d'une ère où l'efficacité a dévoré ...