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Affichage des articles associés au libellé économie

Trois mille milliards de silence : le secret de famille français

Il existe dans les familles des vérités que tout le monde connaît et que personne ne s'autorise à prononcer. Elles structurent les silences, organisent les conversations autour d'elles, et leur simple évocation suffit à faire baisser les regards. La France en possède une, tapie au cœur de ses comptes publics, et Nicolas Dufourcq lui a donné son nom exact dans La Dette sociale de la France. 1974-2024 (Odile Jacob, 2025) : « Le secret de famille de la société française n'est pas la dette. Tout le monde en connaît l'existence. Mais c'est qu'elle est sociale. » Sur les plus de 3 500 milliards d'euros de dette publique que porte le pays ( 3 536,1 milliards précisément, soit 117,5 % du PIB à la fin du premier trimestre 2026, selon l'Insee ), environ 2 000 milliards ne financeraient ni une infrastructure, ni un laboratoire, ni une usine, ni une école. Ils financeraient le fonctionnement courant du modèle social : les retraites d'aujourd'hui, la santé d...

Ibn Khaldoun avait raison : la Chine l'a lu, l'Occident pas

Il y a sept siècles, dans les plaines arides du Maghreb, un lettré tunisien nommé Abd al-Rahman Ibn Khaldoun posait les fondements de ce qui allait devenir, à l'insu de l'Occident pendant des siècles, la première théorie véritablement scientifique de l'histoire des civilisations. Dans sa Muqaddima (Prolégomènes), rédigée en 1377, il forge un concept central : l' Assabiyya , cette énergie collective, cette cohésion sociale irréductible qui permet à un groupe humain de se soulever, de conquérir, de bâtir, et, inéluctablement, de décliner. Sept siècles plus tard, à l'heure où l'Occident digère, non sans vertige, ce que l'on appelle pudiquement « la montée en puissance de la Chine », il m'a semblé que ce concept médiéval offrait une clé de lecture d'une pertinence troublante. Non pour célébrer ni pour condamner, il ne s'agit pas ici de porter un jugement politique sur le régime de Pékin, mais pour comprendre : comment une civilisation que certains i...

IA : l’illusion d’intelligence qui nourrit une bulle et les limites que l’on refuse de voir

L’intelligence artificielle n’a rien d’un artefact sorti d’un film futuriste, même si le récit médiatique actuel donne parfois cette impression. Derrière le mot « intelligence », il n’y a aucune étincelle de conscience, aucune intention, mais la rencontre féconde entre deux disciplines très concrètes : les mathématiques, en particulier les statistiques, et l’informatique. Depuis Alan Turing, l’IA consiste à automatiser des opérations de traitement de données que l’humain effectue plus lentement et avec plus de fatigue. Les autopilotes, les moteurs de recherche ou les systèmes de recommandation n’ont jamais été autre chose que des calculs sophistiqués exécutés à haute fréquence. C'est avant tout de l'informatique combinée à des techniques mathématiques. Si ce champ, ancien, fait aujourd’hui irruption avec fracas dans le débat public, c’est grâce à un type de modèles qui a bouleversé l’imaginaire collectif : les Large Language Models (LLM). Avec ChatGPT et ses dérivés, pour la p...

Quand l’individu-roi détruit le commun

Le libéralisme est né d’un souffle magnifique : celui de l’émancipation. Dans l’Europe des Lumières, il arracha l’individu à la tutelle des rois et des clergés, lui donna droit à la raison, à la parole, à la liberté. Locke, Rousseau, Montesquieu, Kant… tous proclamaient la même foi dans l’autonomie humaine. C’était une révolution spirituelle autant que politique : désormais, l’Homme ne devait obéir qu’à lui-même, ou plus exactement, à sa conscience. Deux siècles plus tard, cette promesse s’est retournée. L’autonomie s’est muée en indépendance radicale, la liberté en culte du « moi ». Tocqueville l’avait pressenti : dans les démocraties modernes, chacun risque de se replier dans sa sphère privée, indifférent au sort collectif. Ce glissement est devenu système. En se mariant au capitalisme consumériste, le libéralisme politique a engendré un individualisme sans frein, où l’émancipation n’est plus un moyen de construire ensemble, mais un droit d’exister seul. Aujourd’hui, « être soi » est...

Cryptomonnaies : révolution monétaire ou mirage spéculatif ?

En à peine une décennie, les cryptomonnaies ont fait irruption dans le paysage financier mondial, bouleversant les certitudes et divisant experts comme investisseurs. Nées dans la défiance absolue envers les banques centrales et le système financier traditionnel, elles sont aujourd’hui courtisées par les mêmes institutions qui les méprisaient hier. Derrière ce paradoxe, se cache un débat clivant : les cryptos sont-elles une révolution durable ou une bulle spéculative destinée à éclater tôt ou tard ? Une idéologie forgée en réponse aux crises financières à répétition Le Bitcoin, ancêtre de toutes les cryptomonnaies, n’est pas qu’une innovation technique. Il est d’abord un manifeste. Créé dans la foulée de la crise financière de 2008, il incarne une révolte contre les excès bancaires et la création monétaire illimitée des banques centrales. Son premier bloc contient un message explicite : « Chancellor on brink of second bailout for banks » . Le ton est donné. Inspirée par les mouveme...

L’empire des illusions : l’Amérique et la tentation éternelle de l’hégémonie

Il est des vérités que l’on préfère taire, ou du moins édulcorer derrière les habits flatteurs de la « démocratie » et des « droits de l’Homme ». Mais l’historien attentif, l’économiste rigoureux, le diplomate averti savent lire derrière les proclamations vertueuses des États-Unis les rouages d’une stratégie constante : l’expansion et la préservation d’une hégémonie mondiale , depuis 1945 jusqu’à nos jours, quels qu’en soient les coûts humains, financiers et politiques. Noam Chomsky l’a montré avec une clarté glaçante : Washington n’entend pas seulement défendre ses intérêts, il veut empêcher toute puissance concurrente de contester son statut, fût-ce au prix d’un usage systématique de la force ou d’une instrumentalisation du droit international. Emmanuel Todd, dans Après l’Empire , avertissait dès 2002 : derrière l’apparente toute-puissance américaine se cache un système en crise, qui ne survit que par une fuite en avant militariste et idéologique. La doctrine de la « Destinée manife...

Les ombres sur l’horizon de l'Humanité : méditations vertigineuses

Il fut un temps où l’Humanité croyait au progrès . Le XXe siècle, malgré ses horreurs, avait laissé entrevoir une trajectoire ascendante : recul de la pauvreté, allongement de la vie, triomphe de la démocratie libérale, promesses de la science. Mais en ce début de XXIe siècle, un malaise sourd habite nombre d’individus.  Il ne s'agit pas seulement de l’angoisse existentielle de l’individu face à sa finitude, ni d’inquiétude passagère, ni même de lassitude chronique, mais d’un désespoir profond, presque métaphysique, que suscite l’état du monde contemporain. Ce désespoir n’est ni fantasme, ni caprice : il repose sur des observations tangibles, objectivables, et sur une lucidité tragique quant aux trajectoires collectives que nous empruntons, parfois à marche forcée, souvent dans une passivité consternante. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une série de crises systémiques qui s’autoalimentent. Elles menacent non seulement le confort matériel des sociétés modernes, mais l’habitabi...

L'Hubris des techno-scientistes, ou le mythe de Titan des temps modernes

La civilisation Occidentale, a longtemps célébré la tempérance, l’humilité et la modération des désirs comme vertus cardinales, héritées directement de la pensée grecque antique.  L'acceptation des limites humaines au cœur de la sagesse antique Platon, dans La République, plaçait la tempérance (sophrosyne) parmi les trois vertus cardinales avec le courage et la justice. Pour le philosophe, la tempérance consistait à "être maître de soi-même" et à "commander à ses plaisirs et à ses désirs". De même, Aristote faisait de la modération (métriotès) une vertu essentielle, soulignant que l'excès était l'ennemi du bonheur et de l'épanouissement de l'individu. Cette sagesse antique reposait sur la conviction que l'homme ne pouvait atteindre la plénitude et la félicité qu'en sachant se contenir, en acceptant les limites inhérentes à sa condition. Comme l'écrivait le poète Pindare, "ne cherche pas, mon âme, à vivre la vie des immortels ; il...

Sauver le capitalisme de l'implosion

Le capitalisme, ce logiciel économique du monde depuis des siècles, se trouve, dans sa forme actuelle, à la croisée des chemins, confronté à une crise profonde. Ses fruits, incontestablement nombreux, ne doivent pas nous faire oublier les dysfonctionnements majeurs qui minent son essence et menacent à la fois les équilibres écologiques et la stabilité politique et sociale , partout dans le monde. Depuis les années 1970, la répartition des profits et des revenus a radicalement changé, favorisant une élite techno-financière captant une part toujours croissante de la valeur ajoutée et déconnectée des réalités sociales, au détriment des travailleurs et de la classe moyenne.  La conquête du capitalisme par les profits des actionnaires Dans les premiers jours du capitalisme industriel, les travailleurs n'avaient aucune protection, et les industriels prenaient leurs profits sans égards pour leur force de travail. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, les entreprises ont adopté un ...