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Affichage des articles associés au libellé politique

Avant la domination de l’homme par l’homme : l’Humanité égalitaire

Il est des récits qui pèsent lourd sur nos imaginaires collectifs. Parmi eux, celui de l’inéluctabilité de la domination, de la violence et des hiérarchies. L’histoire humaine, selon cette vision, serait une longue suite de luttes pour le pouvoir, marquée dès l’origine par la subjugation de l’Homme par l’Homme . Mais ce récit, qui a dominé nos représentations pendant des siècles, mérite aujourd’hui d’être revisité. Les travaux récents, en particulier ceux de David Graeber et David Wengrow dans The Dawn of Everything: A New History of Humanity (2021) , invitent à repenser radicalement l’histoire longue des sociétés humaines et à déconstruire l’idée selon laquelle les inégalités sociales seraient inévitables ou « naturelles ». Une humanité plus égalitaire qu’on ne le croit Pendant la plus grande partie de son histoire, l’Humanité a vécu dans des sociétés égalitaristes. Si l’on songe que les Homo sapiens existent depuis environ 300 000 ans, et que l’agriculture n’a émergé qu’il y a 10 00...

L’empathie et ses frontières : la sélectivité du cœur humain

L’empathie a longtemps été présentée comme le ciment moral de nos sociétés modernes. On l’invoque dans les discours politiques, on la célèbre dans les manuels scolaires, on l’appelle à la rescousse dans les temps de crise, comme si elle était la clé de la paix sociale et de la justice universelle. Mais derrière ce mot si séduisant se cache une réalité plus complexe. L’empathie, loin d’être un sentiment universel et impartial, est profondément sélective, malléable, et, comme le rappelle la neuroscientifique et autrice Samah Karaki dans L’empathie est politique , éminemment… politique. L’empathie, une faculté biaisée Les neurosciences et la psychologie sociale l’ont désormais bien établi : notre empathie n’est pas une lumière qui éclaire tout le monde avec la même intensité. Elle obéit à des circuits neuronaux spécifiques, parfois en compétition avec d’autres réseaux cognitifs, et surtout, elle s’active plus facilement pour les personnes que nous considérons comme proches, semblables, ou...

Quand l’individu-roi détruit le commun

Le libéralisme est né d’un souffle magnifique : celui de l’émancipation. Dans l’Europe des Lumières, il arracha l’individu à la tutelle des rois et des clergés, lui donna droit à la raison, à la parole, à la liberté. Locke, Rousseau, Montesquieu, Kant… tous proclamaient la même foi dans l’autonomie humaine. C’était une révolution spirituelle autant que politique : désormais, l’Homme ne devait obéir qu’à lui-même, ou plus exactement, à sa conscience. Deux siècles plus tard, cette promesse s’est retournée. L’autonomie s’est muée en indépendance radicale, la liberté en culte du « moi ». Tocqueville l’avait pressenti : dans les démocraties modernes, chacun risque de se replier dans sa sphère privée, indifférent au sort collectif. Ce glissement est devenu système. En se mariant au capitalisme consumériste, le libéralisme politique a engendré un individualisme sans frein, où l’émancipation n’est plus un moyen de construire ensemble, mais un droit d’exister seul. Aujourd’hui, « être soi » est...

Le tribalisme à l'ère numérique : quand la biologie rencontre l'algorithme

L'Humanité semble irrémédiablement encline à tracer des frontières insidieuses et invisibles entre "nous" et "eux". Ce phénomène, bien que profondément ancré dans notre histoire évolutive et notre psychologie, prend des formes inédits à l'ère des réseaux sociaux. Si l’"Expérience de la prison de Stanford" menée en 1971 par Philip Zimbardo a révélé à quel point des rôles sociaux arbitraires peuvent dégénérer en systèmes oppressifs, elle illustre également comment la différenciation sociale peut engendrer des hiérarchies tyranniques au point de légitimer des comportements déshumanisants. Cette propension au tribalisme, loin d’être une relique du passé, se trouve aujourd’hui exacerbée par les réseaux sociaux et le micro-ciblage algorithmique, ouvrant une ère nouvelle de conflits et de polarisation.  "Nous" et "eux", une histoire biologique très ancienne De nombreux champs de recherche scientifique, notamment en anthropologie et en ...

L'Hubris des techno-scientistes, ou le mythe de Titan des temps modernes

La civilisation Occidentale, a longtemps célébré la tempérance, l’humilité et la modération des désirs comme vertus cardinales, héritées directement de la pensée grecque antique.  L'acceptation des limites humaines au cœur de la sagesse antique Platon, dans La République, plaçait la tempérance (sophrosyne) parmi les trois vertus cardinales avec le courage et la justice. Pour le philosophe, la tempérance consistait à "être maître de soi-même" et à "commander à ses plaisirs et à ses désirs". De même, Aristote faisait de la modération (métriotès) une vertu essentielle, soulignant que l'excès était l'ennemi du bonheur et de l'épanouissement de l'individu. Cette sagesse antique reposait sur la conviction que l'homme ne pouvait atteindre la plénitude et la félicité qu'en sachant se contenir, en acceptant les limites inhérentes à sa condition. Comme l'écrivait le poète Pindare, "ne cherche pas, mon âme, à vivre la vie des immortels ; il...

L’islam, la modernité et la démocratie : une critique de l’essentialisme culturel

Depuis le 11 septembre 2001, la perception de l’islam dans les sociétés occidentales a été largement façonnée par un narratif qui essentialise cette religion comme intrinsèquement archaïque et foncièrement incompatible avec les valeurs modernes et démocratiques. Ce discours, bien que largement répandu, mérite d'être vigoureusement contesté. Les véritables causes de la prégnance des régimes autoritaires dans de nombreux pays musulmans ne résident pas dans la religion elle-même, mais dans des dynamiques politico-institutionnelles complexes et des rapports de pouvoir historiques qui ont façonné ces sociétés. La brillante époque musulmane Pour contrecarrer les généralisations abusives de l’essentialisme culturel, il est essentiel de revisiter l’histoire de l’islam. Entre le VIIIe et le XIIe siècle, le monde musulman a constitué un pôle de rayonnement intellectuel, scientifique et économique . Des penseurs éminents comme al-Farābī et Ibn Sīnā (Avicenne) ont non seulement approfondi la ...

Blitzkrieg informationnel : un défi existentiel pour la démocratie

Jamais dans l’histoire de l’Humanité n’avons-nous eu accès à autant d’informations, et avec si peu de latence. Avec l’essor d’Internet et des réseaux sociaux, la quantité de données mises notre disposition a explosé,  révolutionnant notre rapport à l'information, créant, au sein d' un marché informationnel saturé , une concurrence féroce entre les idées et les opinions. Ce nouveau paysage offre des opportunités sans précédent, mais il engendre également un défi existentiel pour la démocratie. Ce foisonnement informationnel n'a pas nécessairement contribué à éclairer les citoyens et à alimenter un débat public rationnel. Bien au contraire, il semble que cette abondance d'informations et d'opinions ait paradoxalement fragilisé la capacité des individus à discerner le vrai du faux . Désintermédiation de l'accès à l'information et bulles algorithmiques Les médias traditionnels, jadis les gardiens de l’information vérifiée, se retrouvent désormais en concurrence ...

La fin du cycle libéral

Le monde occidental, jadis berceau et modèle des démocraties libérales, traverse une période de profondes mutations. Les institutions qui ont longtemps incarné les valeurs de liberté, d'égalité et de solidarité se retrouvent aujourd'hui fragilisées, voire contestées. Une vague de populisme, de droite comme de gauche, ébranle les fondements de ces démocraties, tandis que des régimes autoritaires, revêtant des habits de modernité, exploitant le mécontentement populaire, se présentent comme des alternatives séduisantes. La récente réélection de Donald Trump aux États-Unis, et le discours virulent de JD Vance contre les valeurs démocratiques libérales, marquent un tournant : la fin d'un cycle libéral et l'avènement d'une ère d'illibéralisme triomphant, mercantiliste et agressif. Ce recul du prestige des démocraties libérales, et des valeurs qui les sous-tendent, s'explique par un faisceau de causes interdépendantes, se nourrissant mutuellement. L'ultralibéra...

La lutte perpétuelle pour la domination : un leitmotiv de l'histoire de l'Humanité

Depuis l'aube de l'Humanité, les groupes humains ont été mus par une quête incessante : celle de la domination. Que ce soit au sein d'un petit groupe tribal ou d'un empire tentaculaire, la recherche du pouvoir, du contrôle et de la suprématie a modelé les relations entre les sociétés et façonné le cours de l'Histoire. Cette constante, omniprésente dans toutes les époques et toutes les cultures, nous invite à une réflexion profonde sur les mécanismes qui gouvernent les relations intra et intergroupes et les motivations profondes qui les sous-tendent. Des  premières sociétés  à l'Histoire écrite : la compétition pour la survie, la domination en germe L'Histoire de l'Humanité, dans sa préhistoire comme dans ses écrits, est une narration ininterrompue de luttes pour la domination.  Les premiers groupes humains, nomades et dépendants de la chasse et de la cueillette, étaient en compétition pour les ressources rares et le contrôle des territoires de chasse. Le...

Crise multiforme de l'Occident : pas d'autre choix que le sursaut

Dans un contexte mondial profondément transformé, l’Occident, qui s'est pensé et présenté depuis le siècle des Lumières comme le phare ultime d'Humanité , se retrouve à un carrefour inquiétant , confronté à des défis et à des contestations qui touchent à ses fondements intellectuels, politiques, économiques, moraux et démographiques. Alors que les puissances émergentes telle la Chine, la Russie, l'Iran, la Turquie et l'Inde contestent de plus en plus la domination occidentale, on assiste à une lente mais inexorable déliquescence de cet imperium qui a façonné le monde moderne depuis plusieurs siècles. Décrépitude intellectuelle : L'ère de la post-vérité Le discours public occidental a subi une transformation dramatique avec l’avènement de la « post-vérité », un concept qui décrit une époque où les émotions et croyances personnelles prennent le pas sur les faits objectifs. Cette tendance est alimentée par une confiance déclinante dans les institutions politiques, mé...

L'imposture dangereuse du populisme nationaliste

Dans un contexte de crise sociale et de défiance envers les institutions, le Rassemblement National se présente comme le défenseur du "peuple" contre les "élites". Mais derrière cette image soigneusement construite se cache une une escroquerie intellectuelle flagrante et une réalité bien plus sombre : celle d'un parti héritier d'une idéologie profondément anti-républicaine, qui instrumentalise les peurs et le ressentiment pour promouvoir un programme trompeur, inapplicable et injuste,  aux conséquences qui ne manqueront pas d'être désastreuses. Les racines troubles d'un parti qui n'a pas rompu avec son passé Rappelons d'abord les origines du Front National, ancêtre du RN. Fondé en 1972, il rassemble alors d'anciens collaborateurs, des nostalgiques de l'Algérie française et des néofascistes. Jean-Marie Le Pen, son fondateur, s'est illustré par ses multiples provocations antisémites, dont la tristement célèbre qualification des cha...