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Affichage des articles associés au libellé philosophie

Se former à l'âge des machines qui pensent

En 2017, j'ai défendu ici un idéal de formation que je croyais intemporel . À l'océan des savoirs, à l'éclatement des spécialités, j'opposais l'esprit encyclopédique et vertueux, le généraliste cultivé capable de réunir ce que les disciplines séparent. Quatre piliers, une tête bien faite plutôt que bien pleine, et la conviction que nulle sagesse ne se bâtit sans culture générale pour fondement. Je ne renie rien de cette aspiration. Mais entre ce texte et celui-ci, une chose est advenue que je n'avais pas su prévoir, et qui oblige à reprendre l'édifice par les fondations. Une machine, l'IA générative, s'est mise à produire le résultat du raisonnement . Non pas à le singer grossièrement : à le produire vraiment, l'argument, la synthèse, la démonstration, parfois l'invention, et de mieux en mieux. La question n'est donc plus de savoir comment former une tête bien faite. Elle est de savoir ce que peut encore signifier « se former » lorsqu...

Ibn Khaldoun avait raison : la Chine l'a lu, l'Occident pas

Il y a sept siècles, dans les plaines arides du Maghreb, un lettré tunisien nommé Abd al-Rahman Ibn Khaldoun posait les fondements de ce qui allait devenir, à l'insu de l'Occident pendant des siècles, la première théorie véritablement scientifique de l'histoire des civilisations. Dans sa Muqaddima (Prolégomènes), rédigée en 1377, il forge un concept central : l' Assabiyya , cette énergie collective, cette cohésion sociale irréductible qui permet à un groupe humain de se soulever, de conquérir, de bâtir, et, inéluctablement, de décliner. Sept siècles plus tard, à l'heure où l'Occident digère, non sans vertige, ce que l'on appelle pudiquement « la montée en puissance de la Chine », il m'a semblé que ce concept médiéval offrait une clé de lecture d'une pertinence troublante. Non pour célébrer ni pour condamner, il ne s'agit pas ici de porter un jugement politique sur le régime de Pékin, mais pour comprendre : comment une civilisation que certains i...

La dualité du bonheur : comment la science a réconcilié Aristote et Épicure

Depuis que la philosophie a commencé à interroger les conditions de la « vie bonne », une faille tectonique sépare deux continents de pensée, deux conceptions opposées.  D’un côté, l’héritage d’Aristote et des stoïciens nous enjoint à chercher l’ eudaimonia , cette réalisation de soi qui exige l’effort et le sens. De l’autre, les courants hédonistes , d’Aristippe de Cyrène à Jeremy Bentham en passant par Épicure, nous murmurent que le bonheur n’est que la somme arithmétique de nos plaisirs moins nos souffrances.  Cette querelle, que l’on croyait figée dans le marbre des bibliothèques, a trouvé en Daniel Kahneman un arbitre inattendu. En disséquant la machinerie de notre cognition, le psychologue prix Nobel, disparu en 2024, n’a pas seulement identifié nos biais ; il a cartographié la dualité de l’âme humaine, offrant enfin une clé pour réconcilier l’extase du moment et la satisfaction du récit de vie. L’anatomie de nos deux consciences Le postulat de Kahneman est un acte de dé...

L'Hubris des techno-scientistes, ou le mythe de Titan des temps modernes

La civilisation Occidentale, a longtemps célébré la tempérance, l’humilité et la modération des désirs comme vertus cardinales, héritées directement de la pensée grecque antique.  L'acceptation des limites humaines au cœur de la sagesse antique Platon, dans La République, plaçait la tempérance (sophrosyne) parmi les trois vertus cardinales avec le courage et la justice. Pour le philosophe, la tempérance consistait à "être maître de soi-même" et à "commander à ses plaisirs et à ses désirs". De même, Aristote faisait de la modération (métriotès) une vertu essentielle, soulignant que l'excès était l'ennemi du bonheur et de l'épanouissement de l'individu. Cette sagesse antique reposait sur la conviction que l'homme ne pouvait atteindre la plénitude et la félicité qu'en sachant se contenir, en acceptant les limites inhérentes à sa condition. Comme l'écrivait le poète Pindare, "ne cherche pas, mon âme, à vivre la vie des immortels ; il...

La Dette oubliée : l'exceptionnelle contribution de la civilisation Arabo-Islamique à l'Occident

Introduction L'Histoire de l'Humanité est tissée de fils complexes, de rencontres et d'échanges entre des cultures et des civilisations distinctes. Comme une rivière, elle coule souvent dans un lit tracé par des récits dominants, occultant ainsi des affluents importants et des sources essentielles. C'est le cas de la civilisation arabo-islamique, dont l'influence profonde sur l'Occident, et en particulier sur la Renaissance européenne, est trop souvent minimisée ou même ignorée. Pendant des siècles, la brillante civilisation arabo-islamique a connu une floraison sans précédent de la connaissance et de l'innovation. Au cours de cette période, les savants arabo-musulmans ont non seulement préservé et traduit les connaissances grecques, indiennes et chinoises, mais aussi les ont enrichies de leurs propres contributions originales, ouvrant ainsi la voie à de nombreuses avancées scientifiques et culturelles qui façonnent notre monde actuel. Il est importa...

Une instruction idéale pour le XXIème siècle

Dans un monde d'une effarante complexité , force est de constater qu'une solide instruction, traditionnellement sanctionnée par un parchemin universitaire, reste considérée comme l'outil le plus sûr pour naviguer le tumultueux océan de la vie, et ses imprévisibles tempêtes. Mais la quête d'un diplôme reconnu, qui relève à mon sens d'abord d'une stratégie individuelle sinon familiale pour la conquête ou la conservation d'une position sociale désirable, ne doit pas être confondue avec la quête de sagesse, dont une définition commune est  la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice s'appuyant sur un savoir raisonné, bref la conduite de sa vie conformément à une éthique et au questionnement raisonné. D'évidence, ni une solide instruction ni le plus prestigieux des diplômes ne garantissent ni ne sont indispensables si son objectif de vie se résume à la conquête d'une position sociale,...

Rationalité et passions politiques : la technocratie s'oppose t-elle à la démocratie?

L'histoire politique moderne alterne entre d'une part  la défiance des citoyens  envers le système politique partisan et ses représentants (les élus), perçu de plus en plus comme un foyer d'impuissance, notamment face à la mondialisation,  et semblant retrouver des mérites à une technocratie imprégnée du sens du bien public et affranchie des contingences politiciennes, et d'autre part le rejet voire "la révolte démocratique" vis-à-vis des élites technocratiques accusées d'attenter à la démocratie en imposant un ordre échappant au contrôle des instances élues, comme l'a montré récemment  l'exemple du Brexit . Terme aujourd'hui négativement connoté, la technocratie a pourtant émergé comme idée au XIXème siècle avec le positivisme d'Auguste Comte : "la technocratie est un gouvernement scientifique ayant pour objectif l'épanouissement de chaque citoyen". Le terme en lui même est apparu dans les années 1920 et a désigné dans les...

Billet inaugural

Encore un blog me diriez-vous? que peut-il bien apporter de neuf ou d'original dans une blogosphère saturée ? Rien de fondamentalement original. Comme son nom ne l'indique pas forcément, ce blog se veut le réceptacle des cogitations d'un contemplatif, et un support -je l'espère- à des échanges d'idées, sur des thèmes, problématiques, questions et faits d'actualité variés. Voici en vrac quelques uns des thèmes que j'espère (les bonnes résolutions de fin d'année arrivent un peu tôt cette année) avoir le temps de commenter : économie et philosophie politique : histoire des idées, grandes questions, liens avec la situation socio-politique de l'occident ( 1 )( 2 )( 3 )( 4 ) Histoire et perspectives de la mondialisation ( 1 )( 2 ) pour une vie éthique ( 1 )( 2 ), lien entre éthique et religion, différence entre éthique et morale ( 1 ) transition énergétique Le changement climatique l'école  ( 1 )( 2 ) Systèmes politiques, sources de légitimit...