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Affichage des articles associés au libellé philosophie politique

Hobbes et Rousseau se trompent ensemble : la coopération comme nature et comme fardeau

Certaines querelles philosophiques survivent à leur réfutation parce qu'elles continuent, malgré tout, d'irriguer notre vocabulaire intellectuel. Celle qui oppose Hobbes à Rousseau, sur la nature première de l'homme, appartient à cette catégorie singulière. Tout lecteur un peu cultivé sait, ou croit savoir, qu'il faut trancher : ou bien la guerre de tous contre tous tempérée par le contrat social, ou bien la bonté originelle pervertie par la propriété. Et l'on voit ce débat ressurgir, mécaniquement, à chaque drame collectif. Une guerre éclate, un génocide se révèle, une cruauté inattendue affleure, et nous voilà repartis chercher chez l'un ou chez l'autre la confirmation de nos pressentiments. Il faut pourtant renoncer à cette routine. Trois quarts de siècle de primatologie, d'anthropologie évolutive et de psychologie du développement ont rendu la querelle caduque, non pas en désignant un vainqueur, mais en révélant que la question elle-même était mal p...

Avant la domination de l’homme par l’homme : l’Humanité égalitaire

Il est des récits qui pèsent lourd sur nos imaginaires collectifs. Parmi eux, celui de l’inéluctabilité de la domination, de la violence et des hiérarchies. L’histoire humaine, selon cette vision, serait une longue suite de luttes pour le pouvoir, marquée dès l’origine par la subjugation de l’Homme par l’Homme . Mais ce récit, qui a dominé nos représentations pendant des siècles, mérite aujourd’hui d’être revisité. Les travaux récents, en particulier ceux de David Graeber et David Wengrow dans The Dawn of Everything: A New History of Humanity (2021) , invitent à repenser radicalement l’histoire longue des sociétés humaines et à déconstruire l’idée selon laquelle les inégalités sociales seraient inévitables ou « naturelles ». Une humanité plus égalitaire qu’on ne le croit Pendant la plus grande partie de son histoire, l’Humanité a vécu dans des sociétés égalitaristes. Si l’on songe que les Homo sapiens existent depuis environ 300 000 ans, et que l’agriculture n’a émergé qu’il y a 10 00...

Quand l’individu-roi détruit le commun

Le libéralisme est né d’un souffle magnifique : celui de l’émancipation. Dans l’Europe des Lumières, il arracha l’individu à la tutelle des rois et des clergés, lui donna droit à la raison, à la parole, à la liberté. Locke, Rousseau, Montesquieu, Kant… tous proclamaient la même foi dans l’autonomie humaine. C’était une révolution spirituelle autant que politique : désormais, l’Homme ne devait obéir qu’à lui-même, ou plus exactement, à sa conscience. Deux siècles plus tard, cette promesse s’est retournée. L’autonomie s’est muée en indépendance radicale, la liberté en culte du « moi ». Tocqueville l’avait pressenti : dans les démocraties modernes, chacun risque de se replier dans sa sphère privée, indifférent au sort collectif. Ce glissement est devenu système. En se mariant au capitalisme consumériste, le libéralisme politique a engendré un individualisme sans frein, où l’émancipation n’est plus un moyen de construire ensemble, mais un droit d’exister seul. Aujourd’hui, « être soi » est...

l'idéal méritocratique, une promesse inachevée

La méritocratie est l’un des grands récits fondateurs des sociétés libérales modernes, un idéal séduisant : dans un monde libéré des privilèges héréditaires et des castes, chacun pourrait s’élever selon son mérite, ses talents, ses efforts, sa persévérance.  Cet idéal résonne profondément avec les promesses des Lumières, de l’émancipation individuelle et de la démocratie. l'idée du mérite individuel,  profondément ancrée dans l’imaginaire démocratique occidental, repose sur une double promesse : l’égalité des chances et la reconnaissance du mérite individuel. Elle se veut à la fois juste et efficace , récompensant les plus capables tout en stimulant l’innovation et la productivité.  Mais cette promesse est-elle tenue ? Et surtout, est-elle juste ? À la lumière des travaux récents de penseurs comme Michael Sandel, Daniel Markovits, Kathryn Paige Harden ou encore des analyses sociologiques et économiques contemporaines, il apparaît que la méritocratie, loin d’être un idéal...

Brève histoire universelle de la Démocratie

L'idée reçue selon laquelle la démocratie serait une invention occidentale, une "fleur tardive" éclose dans les jardins de la Grèce antique pour ne s'épanouir pleinement qu'au siècle des Lumières, est une simplification réductrice qui occulte une réalité historique bien plus riche et nuancée.  L'Histoire, éclairée par les apports de l'archéologie, de l'anthropologie, et de la sociologie, révèle que la participation citoyenne à la gouvernance – le cœur même de la démocratie – est une construction humaine ancienne, présente sur plusieurs continents depuis au moins cinq millénaires.  L'Occident n'a pas inventé la démocratie, il en a hérité, la transformant et la diffusant à une échelle inégalée, notamment grâce aux Lumières. Affirmer la singularité occidentale de la démocratie, c'est ignorer un ensemble foisonnant de formes de gouvernance participative, souvent antérieures à la démocratie athénienne.  Ces systèmes, aussi divers soient-ils dans...

Sauver le capitalisme de l'implosion

Le capitalisme, ce logiciel économique du monde depuis des siècles, se trouve, dans sa forme actuelle, à la croisée des chemins, confronté à une crise profonde. Ses fruits, incontestablement nombreux, ne doivent pas nous faire oublier les dysfonctionnements majeurs qui minent son essence et menacent à la fois les équilibres écologiques et la stabilité politique et sociale , partout dans le monde. Depuis les années 1970, la répartition des profits et des revenus a radicalement changé, favorisant une élite techno-financière captant une part toujours croissante de la valeur ajoutée et déconnectée des réalités sociales, au détriment des travailleurs et de la classe moyenne.  La conquête du capitalisme par les profits des actionnaires Dans les premiers jours du capitalisme industriel, les travailleurs n'avaient aucune protection, et les industriels prenaient leurs profits sans égards pour leur force de travail. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, les entreprises ont adopté un ...

La fin du cycle libéral

Le monde occidental, jadis berceau et modèle des démocraties libérales, traverse une période de profondes mutations. Les institutions qui ont longtemps incarné les valeurs de liberté, d'égalité et de solidarité se retrouvent aujourd'hui fragilisées, voire contestées. Une vague de populisme, de droite comme de gauche, ébranle les fondements de ces démocraties, tandis que des régimes autoritaires, revêtant des habits de modernité, exploitant le mécontentement populaire, se présentent comme des alternatives séduisantes. La récente réélection de Donald Trump aux États-Unis, et le discours virulent de JD Vance contre les valeurs démocratiques libérales, marquent un tournant : la fin d'un cycle libéral et l'avènement d'une ère d'illibéralisme triomphant, mercantiliste et agressif. Ce recul du prestige des démocraties libérales, et des valeurs qui les sous-tendent, s'explique par un faisceau de causes interdépendantes, se nourrissant mutuellement. L'ultralibéra...

Crépuscule de l'Occident ? les échos de l'Histoire

L'Histoire se répète-t-elle ? Telle une mélodie entêtante, le cycle d'émergence, d'apogée, de stagnation et d'effondrement des empires et des civilisations semble rythmer le récit de l'Humanité. De la déliquescence de l'Egypte pharaonique à la fin de l'empire ottoman, en passant par la chute de Rome ou l'effondrement de l'empire Maya, les exemples abondent, révélant des leçons incontournables pour notre temps, pour peu que nous tenions à éviter de reproduire les erreurs du passé. Les Cycles Historiques : d’Ibn Khaldoun à Toynbee Ibn Khaldoun, dans sa Muqaddima (Prolégomènes) , forge le concept de ‘ Asabiyya comme étant ce sentiment d'appartenance collective et de cohésion sociale qui permet à une communauté de prospérer. Ce sentiment, s'il est souvent associé aux masses, est aussi nourri par les élites, qui fédèrent et donnent direction au groupe. La thèse novatrice d'Ibn Khaldoun est que les empires émergent grâce à cette solidarité soci...

Qu'est-ce qu'une société juste?

Après avoir avec -brièvement- abordé les questions des inégalités du système éducatif en France , et la révolte des peuples britannique et américain contre le sentiment d'être abandonnés sur le chemin de l'équité et du progrès par les élites, il me paraît opportun d'essayer de prendre un peu de recul face à au sentiment qui me paraît le mieux partagé par les laissés pour compte du système scolaire français d'une part, et les perdants anglais et américains de la mondialisation : l'injustice sociale. Le thème de la justice sociale me paraît d'autant plus pertinent à aborder à l'approche d'importantes élections en France et en Allemagne, où ce thème fera sans doute l'objet d'âpres débats. Il se cache en effet souvent derrière un vaste registre de propositions politiques pouvant sembler de prime abord purement "techniques" : réforme de la fiscalité, revenu universel, réduction des déficits publics, réforme de l'école, du système de...