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La démocratie en péril : le déclin des institutions et la montée des populismes

Les démocraties occidentales traversent  une crise profonde . Les institutions qui ont forgé la prospérité s'effritent, laissant le champ libre aux  sirènes populistes  de tous bords. Comment en sont-elles arrivées là? Acemoglu et Robinson l'ont démontré dans leur ouvrage majeur "Why Nations Fail" : la clé du succès occidental réside dans ses institutions politiques et économiques inclusives. En distribuant largement le pouvoir politique et les opportunités économiques, elles ont créé un cercle vertueux de progrès et d'innovation. La prospérité n'est pas le fruit du hasard, mais celui d'un équilibre subtil entre État et  marché , entre liberté et régulation. Cet équilibre a été rompu par le virage ultra-libéral des années 1980. Sous couvert de libérer les énergies du marché, on a affaibli les contre-pouvoirs et concentré richesses et influence dans les mains d'une  élite qui snobe les frontières nationales  et  les juridictions fiscales . La concentrat...

L'imposture dangereuse du populisme nationaliste

Dans un contexte de crise sociale et de défiance envers les institutions, le Rassemblement National se présente comme le défenseur du "peuple" contre les "élites". Mais derrière cette image soigneusement construite se cache une une escroquerie intellectuelle flagrante et une réalité bien plus sombre : celle d'un parti héritier d'une idéologie profondément anti-républicaine, qui instrumentalise les peurs et le ressentiment pour promouvoir un programme trompeur, inapplicable et injuste,  aux conséquences qui ne manqueront pas d'être désastreuses. Les racines troubles d'un parti qui n'a pas rompu avec son passé Rappelons d'abord les origines du Front National, ancêtre du RN. Fondé en 1972, il rassemble alors d'anciens collaborateurs, des nostalgiques de l'Algérie française et des néofascistes. Jean-Marie Le Pen, son fondateur, s'est illustré par ses multiples provocations antisémites, dont la tristement célèbre qualification des cha...

Le défi le plus fondamental de notre temps est économique

En cette période troublée où se bousculent les menaces terroristes, populistes , climatiques, géopolitiques, sanitaires, et j'en passe, où le désespoir, la colère et les passions tristes s'emparent de de plus en plus d'esprits, déboussolés que nous sommes par le flot d'informations anxiogènes qui nous arrivent en continu de tous les coins du monde, il me paraît d'autant plus urgent de bien identifier ce qui parmi toutes les causes imbriquées des malheurs de notre temps, est la cause "mère", nourricière de toutes les autres. Si le lien entre la terrible crise économique des années 1930 et la seconde guerre mondiale est historiquement établi, ou encore entre la crise des subprimes et la montée spectaculaire du populisme un peu partout dans le monde, celui entre notre modèle de développement économique et le réchauffement climatique fait également largement consensus dans la communauté scientifique mondiale. Après avoir écrit un billet où j'appelle à...

Le lien entre la crise de l'Occident et le mythe du progrès

Une vision communément partagée de l'histoire de l'humanité est celle d'une longue, fastidieuse, parfois chaotique, mais toujours persistante marche vers le progrès, entendu comme une progression du champ de la liberté et des droits "naturels" humains, progression qui à la fois s'appuie sur et alimente le progrès matériel, économique, et intellectuel. L'histoire des civilisations montre en effet que comme pour les êtres vivants, la seule certitude sur leur destin est qu'elles ont une fin. Comme les cellules vivantes, leur décomposition alimente le cycle de la vie en passant le témoin à de nouvelles civilisations, dont l'organisme sera d'autant plus fort qu'il se sera alimenté avec l'énergie vitale qu'est l'idée de progrès. L'occident se voit bien ainsi : en réceptacle du legs civilisationnel de l'humanité, dont il a repris avec vigueur le témoin du progrès. Son représentant le plus éminent depuis un siècle , les US...

Haro sur les élites : pourquoi la méritocratie a failli

Avec le puissant mouvement d'expansion du libéralisme qu'à connu le monde depuis la chute du mur de Berlin, la vague de critiques de plus en plus virulente des élites économiques, politiques et médiatiques mondialisées au sein des démocraties occidentales a subitement commencé à se transformer en tsunami mondial avec l'avènement du Brexit, l'élection de Trump , et la montée d'un "démagogisme" populiste dopé par le ressentiment anti-élites dans de nombreux pays européens. La réaction des élites ainsi pointées du doigt oscille entre la perplexité et l'incompréhension la plus totale, à l'infantilisation des peuples en colère jugés incapables de comprendre et de choisir ce qui est bon pour eux en optant pour des démagogues irresponsables au dépend de leur pairs dûment diplômés et "forcément" plus dignes de confiance.. Leur perplexité est légitime : comment se fait-il qu'à une époque où la complexité du monde suggère de faire appel au...

Brexit, Trump... sommes-nous entrés dans l'ère de la post-vérité?

Deux décisions démocratiques parmi les plus marquantes de la décennie, le vote du Royaume-Uni en faveur du Brexit, et l'élection de Trump, présentent une caractéristique commune: le débat démocratique qui les a précédé, a de l'avis de tous les observateurs, fait la part belle au mépris des faits , aux réactions hystériques sur les réseaux sociaux à une profusion d'intox , et à une défiance généralisée du peuple envers les élites. Les raisons qui ont poussé les peuples britannique et américain à s'écarter des critères conventionnels de la rationalité face à des choix si importants pour leur avenir respectif ont largement été commentés , disséqués par pléthores de politologues , sociologues, philosophes , historiens , universitaires, économistes, reporters , grandes plumes journalistiques, et j'en passe. J'essaierai de synthétiser dans un billet ultérieur la profusion d'analyses déversées dans les médias et les librairies à ce propos, mais je souhaite en pr...