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Affichage des articles associés au libellé pensée économique

Trois mille milliards de silence : le secret de famille français

Il existe dans les familles des vérités que tout le monde connaît et que personne ne s'autorise à prononcer. Elles structurent les silences, organisent les conversations autour d'elles, et leur simple évocation suffit à faire baisser les regards. La France en possède une, tapie au cœur de ses comptes publics, et Nicolas Dufourcq lui a donné son nom exact dans La Dette sociale de la France. 1974-2024 (Odile Jacob, 2025) : « Le secret de famille de la société française n'est pas la dette. Tout le monde en connaît l'existence. Mais c'est qu'elle est sociale. » Sur les plus de 3 500 milliards d'euros de dette publique que porte le pays ( 3 536,1 milliards précisément, soit 117,5 % du PIB à la fin du premier trimestre 2026, selon l'Insee ), environ 2 000 milliards ne financeraient ni une infrastructure, ni un laboratoire, ni une usine, ni une école. Ils financeraient le fonctionnement courant du modèle social : les retraites d'aujourd'hui, la santé d...

Cryptomonnaies : révolution monétaire ou mirage spéculatif ?

En à peine une décennie, les cryptomonnaies ont fait irruption dans le paysage financier mondial, bouleversant les certitudes et divisant experts comme investisseurs. Nées dans la défiance absolue envers les banques centrales et le système financier traditionnel, elles sont aujourd’hui courtisées par les mêmes institutions qui les méprisaient hier. Derrière ce paradoxe, se cache un débat clivant : les cryptos sont-elles une révolution durable ou une bulle spéculative destinée à éclater tôt ou tard ? Une idéologie forgée en réponse aux crises financières à répétition Le Bitcoin, ancêtre de toutes les cryptomonnaies, n’est pas qu’une innovation technique. Il est d’abord un manifeste. Créé dans la foulée de la crise financière de 2008, il incarne une révolte contre les excès bancaires et la création monétaire illimitée des banques centrales. Son premier bloc contient un message explicite : « Chancellor on brink of second bailout for banks » . Le ton est donné. Inspirée par les mouveme...

L'Hubris des techno-scientistes, ou le mythe de Titan des temps modernes

La civilisation Occidentale, a longtemps célébré la tempérance, l’humilité et la modération des désirs comme vertus cardinales, héritées directement de la pensée grecque antique.  L'acceptation des limites humaines au cœur de la sagesse antique Platon, dans La République, plaçait la tempérance (sophrosyne) parmi les trois vertus cardinales avec le courage et la justice. Pour le philosophe, la tempérance consistait à "être maître de soi-même" et à "commander à ses plaisirs et à ses désirs". De même, Aristote faisait de la modération (métriotès) une vertu essentielle, soulignant que l'excès était l'ennemi du bonheur et de l'épanouissement de l'individu. Cette sagesse antique reposait sur la conviction que l'homme ne pouvait atteindre la plénitude et la félicité qu'en sachant se contenir, en acceptant les limites inhérentes à sa condition. Comme l'écrivait le poète Pindare, "ne cherche pas, mon âme, à vivre la vie des immortels ; il...

Sauver le capitalisme de l'implosion

Le capitalisme, ce logiciel économique du monde depuis des siècles, se trouve, dans sa forme actuelle, à la croisée des chemins, confronté à une crise profonde. Ses fruits, incontestablement nombreux, ne doivent pas nous faire oublier les dysfonctionnements majeurs qui minent son essence et menacent à la fois les équilibres écologiques et la stabilité politique et sociale , partout dans le monde. Depuis les années 1970, la répartition des profits et des revenus a radicalement changé, favorisant une élite techno-financière captant une part toujours croissante de la valeur ajoutée et déconnectée des réalités sociales, au détriment des travailleurs et de la classe moyenne.  La conquête du capitalisme par les profits des actionnaires Dans les premiers jours du capitalisme industriel, les travailleurs n'avaient aucune protection, et les industriels prenaient leurs profits sans égards pour leur force de travail. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, les entreprises ont adopté un ...

La fin du cycle libéral

Le monde occidental, jadis berceau et modèle des démocraties libérales, traverse une période de profondes mutations. Les institutions qui ont longtemps incarné les valeurs de liberté, d'égalité et de solidarité se retrouvent aujourd'hui fragilisées, voire contestées. Une vague de populisme, de droite comme de gauche, ébranle les fondements de ces démocraties, tandis que des régimes autoritaires, revêtant des habits de modernité, exploitant le mécontentement populaire, se présentent comme des alternatives séduisantes. La récente réélection de Donald Trump aux États-Unis, et le discours virulent de JD Vance contre les valeurs démocratiques libérales, marquent un tournant : la fin d'un cycle libéral et l'avènement d'une ère d'illibéralisme triomphant, mercantiliste et agressif. Ce recul du prestige des démocraties libérales, et des valeurs qui les sous-tendent, s'explique par un faisceau de causes interdépendantes, se nourrissant mutuellement. L'ultralibéra...

La démocratie en péril : le déclin des institutions et la montée des populismes

Les démocraties occidentales traversent  une crise profonde . Les institutions qui ont forgé la prospérité s'effritent, laissant le champ libre aux  sirènes populistes  de tous bords. Comment en sont-elles arrivées là? Acemoglu et Robinson l'ont démontré dans leur ouvrage majeur "Why Nations Fail" : la clé du succès occidental réside dans ses institutions politiques et économiques inclusives. En distribuant largement le pouvoir politique et les opportunités économiques, elles ont créé un cercle vertueux de progrès et d'innovation. La prospérité n'est pas le fruit du hasard, mais celui d'un équilibre subtil entre État et  marché , entre liberté et régulation. Cet équilibre a été rompu par le virage ultra-libéral des années 1980. Sous couvert de libérer les énergies du marché, on a affaibli les contre-pouvoirs et concentré richesses et influence dans les mains d'une  élite qui snobe les frontières nationales  et  les juridictions fiscales . La concentrat...

Le défi le plus fondamental de notre temps est économique

En cette période troublée où se bousculent les menaces terroristes, populistes , climatiques, géopolitiques, sanitaires, et j'en passe, où le désespoir, la colère et les passions tristes s'emparent de de plus en plus d'esprits, déboussolés que nous sommes par le flot d'informations anxiogènes qui nous arrivent en continu de tous les coins du monde, il me paraît d'autant plus urgent de bien identifier ce qui parmi toutes les causes imbriquées des malheurs de notre temps, est la cause "mère", nourricière de toutes les autres. Si le lien entre la terrible crise économique des années 1930 et la seconde guerre mondiale est historiquement établi, ou encore entre la crise des subprimes et la montée spectaculaire du populisme un peu partout dans le monde, celui entre notre modèle de développement économique et le réchauffement climatique fait également largement consensus dans la communauté scientifique mondiale. Après avoir écrit un billet où j'appelle à...