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Les ombres sur l’horizon de l'Humanité : méditations vertigineuses

Il fut un temps où l’Humanité croyait au progrès . Le XXe siècle, malgré ses horreurs, avait laissé entrevoir une trajectoire ascendante : recul de la pauvreté, allongement de la vie, triomphe de la démocratie libérale, promesses de la science. Mais en ce début de XXIe siècle, un malaise sourd habite nombre d’individus.  Il ne s'agit pas seulement de l’angoisse existentielle de l’individu face à sa finitude, ni d’inquiétude passagère, ni même de lassitude chronique, mais d’un désespoir profond, presque métaphysique, que suscite l’état du monde contemporain. Ce désespoir n’est ni fantasme, ni caprice : il repose sur des observations tangibles, objectivables, et sur une lucidité tragique quant aux trajectoires collectives que nous empruntons, parfois à marche forcée, souvent dans une passivité consternante. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une série de crises systémiques qui s’autoalimentent. Elles menacent non seulement le confort matériel des sociétés modernes, mais l’habitabi...

Le lien entre la crise de l'Occident et le mythe du progrès

Une vision communément partagée de l'histoire de l'humanité est celle d'une longue, fastidieuse, parfois chaotique, mais toujours persistante marche vers le progrès, entendu comme une progression du champ de la liberté et des droits "naturels" humains, progression qui à la fois s'appuie sur et alimente le progrès matériel, économique, et intellectuel. L'histoire des civilisations montre en effet que comme pour les êtres vivants, la seule certitude sur leur destin est qu'elles ont une fin. Comme les cellules vivantes, leur décomposition alimente le cycle de la vie en passant le témoin à de nouvelles civilisations, dont l'organisme sera d'autant plus fort qu'il se sera alimenté avec l'énergie vitale qu'est l'idée de progrès. L'occident se voit bien ainsi : en réceptacle du legs civilisationnel de l'humanité, dont il a repris avec vigueur le témoin du progrès. Son représentant le plus éminent depuis un siècle , les US...

Rationalité et passions politiques : la technocratie s'oppose t-elle à la démocratie?

L'histoire politique moderne alterne entre d'une part  la défiance des citoyens  envers le système politique partisan et ses représentants (les élus), perçu de plus en plus comme un foyer d'impuissance, notamment face à la mondialisation,  et semblant retrouver des mérites à une technocratie imprégnée du sens du bien public et affranchie des contingences politiciennes, et d'autre part le rejet voire "la révolte démocratique" vis-à-vis des élites technocratiques accusées d'attenter à la démocratie en imposant un ordre échappant au contrôle des instances élues, comme l'a montré récemment  l'exemple du Brexit . Terme aujourd'hui négativement connoté, la technocratie a pourtant émergé comme idée au XIXème siècle avec le positivisme d'Auguste Comte : "la technocratie est un gouvernement scientifique ayant pour objectif l'épanouissement de chaque citoyen". Le terme en lui même est apparu dans les années 1920 et a désigné dans les...