Se former à l'âge des machines qui pensent
En 2017, j'ai défendu ici un idéal de formation que je croyais intemporel . À l'océan des savoirs, à l'éclatement des spécialités, j'opposais l'esprit encyclopédique et vertueux, le généraliste cultivé capable de réunir ce que les disciplines séparent. Quatre piliers, une tête bien faite plutôt que bien pleine, et la conviction que nulle sagesse ne se bâtit sans culture générale pour fondement. Je ne renie rien de cette aspiration. Mais entre ce texte et celui-ci, une chose est advenue que je n'avais pas su prévoir, et qui oblige à reprendre l'édifice par les fondations. Une machine, l'IA générative, s'est mise à produire le résultat du raisonnement . Non pas à le singer grossièrement : à le produire vraiment, l'argument, la synthèse, la démonstration, parfois l'invention, et de mieux en mieux. La question n'est donc plus de savoir comment former une tête bien faite. Elle est de savoir ce que peut encore signifier « se former » lorsqu...