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Affichage des articles associés au libellé épistémologie

Se former à l'âge des machines qui pensent

En 2017, j'ai défendu ici un idéal de formation que je croyais intemporel . À l'océan des savoirs, à l'éclatement des spécialités, j'opposais l'esprit encyclopédique et vertueux, le généraliste cultivé capable de réunir ce que les disciplines séparent. Quatre piliers, une tête bien faite plutôt que bien pleine, et la conviction que nulle sagesse ne se bâtit sans culture générale pour fondement. Je ne renie rien de cette aspiration. Mais entre ce texte et celui-ci, une chose est advenue que je n'avais pas su prévoir, et qui oblige à reprendre l'édifice par les fondations. Une machine, l'IA générative, s'est mise à produire le résultat du raisonnement . Non pas à le singer grossièrement : à le produire vraiment, l'argument, la synthèse, la démonstration, parfois l'invention, et de mieux en mieux. La question n'est donc plus de savoir comment former une tête bien faite. Elle est de savoir ce que peut encore signifier « se former » lorsqu...

Une instruction idéale pour le XXIème siècle

Dans un monde d'une effarante complexité , force est de constater qu'une solide instruction, traditionnellement sanctionnée par un parchemin universitaire, reste considérée comme l'outil le plus sûr pour naviguer le tumultueux océan de la vie, et ses imprévisibles tempêtes. Mais la quête d'un diplôme reconnu, qui relève à mon sens d'abord d'une stratégie individuelle sinon familiale pour la conquête ou la conservation d'une position sociale désirable, ne doit pas être confondue avec la quête de sagesse, dont une définition commune est  la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice s'appuyant sur un savoir raisonné, bref la conduite de sa vie conformément à une éthique et au questionnement raisonné. D'évidence, ni une solide instruction ni le plus prestigieux des diplômes ne garantissent ni ne sont indispensables si son objectif de vie se résume à la conquête d'une position sociale,...

Un défi majeur de notre temps : dompter la complexité

Plus je réfléchis aux problèmes de notre monde moderne, plus je scrute le torrent d'informations quotidiennes que produisent nos organisations et sociétés contemporaines, et plus je suis convaincu qu'un grand nombre de maux des sociétés humaines trouve sa racine dans l'inextricable complexité du monde. Non pas que je crois que notre époque aie inventé cette complexité (je crois au contraire que depuis que l'Homme a commencé son épopée sur terre, son intelligence s'est trouvée immédiatement et en permanence défiée par la complexité du réel), je pense en revanche que trois facteurs relativement nouveaux ont puissamment surélevé durant les dernières décennies le "mur de complexité" qui s'est toujours dressé devant l'entendement humain : les formidables progrès scientifiques et techniques, la globalisation, et le recul de la place des religions et des mythologies comme systèmes d'explications du monde. Implacablement, n'importe quel sujet a...