L’Architecte et le Barbare : le divorce tragique de la compétence et de la vertu
Depuis que l'humain s'est extrait de l'état de nature pour bâtir des cités, une tension fondamentale structure l'ordre social : comment désigner ceux qui doivent mener, et sur quels critères fonder leur légitimité ? Si l'on dépouille les structures de pouvoir de leurs oripeaux hérités, il ne reste que deux piliers sur lesquels repose la valeur d'un individu au sein du corps social : la compétence, cette intelligence opératoire, et la vertu, cette intégrité morale tournée vers le bien commun. La compétence permet d’agir efficacement sur le monde. La vertu détermine dans quel but et avec quelles limites cette puissance sera exercée. L'histoire des civilisations est le récit de l'oscillation entre ces deux pôles. Lorsque ces deux qualités sont réunies, une civilisation prospère durablement. Lorsqu’elles se dissocient, elle s’expose à la dérive. De nos jours, un constat amer s'impose : nous vivons l'apogée d'une ère où l'efficacité a dévoré ...