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Affichage des articles associés au libellé anthropologie

Hobbes et Rousseau se trompent ensemble : la coopération comme nature et comme fardeau

Certaines querelles philosophiques survivent à leur réfutation parce qu'elles continuent, malgré tout, d'irriguer notre vocabulaire intellectuel. Celle qui oppose Hobbes à Rousseau, sur la nature première de l'homme, appartient à cette catégorie singulière. Tout lecteur un peu cultivé sait, ou croit savoir, qu'il faut trancher : ou bien la guerre de tous contre tous tempérée par le contrat social, ou bien la bonté originelle pervertie par la propriété. Et l'on voit ce débat ressurgir, mécaniquement, à chaque drame collectif. Une guerre éclate, un génocide se révèle, une cruauté inattendue affleure, et nous voilà repartis chercher chez l'un ou chez l'autre la confirmation de nos pressentiments. Il faut pourtant renoncer à cette routine. Trois quarts de siècle de primatologie, d'anthropologie évolutive et de psychologie du développement ont rendu la querelle caduque, non pas en désignant un vainqueur, mais en révélant que la question elle-même était mal p...

La dualité du bonheur : comment la science a réconcilié Aristote et Épicure

Depuis que la philosophie a commencé à interroger les conditions de la « vie bonne », une faille tectonique sépare deux continents de pensée, deux conceptions opposées.  D’un côté, l’héritage d’Aristote et des stoïciens nous enjoint à chercher l’ eudaimonia , cette réalisation de soi qui exige l’effort et le sens. De l’autre, les courants hédonistes , d’Aristippe de Cyrène à Jeremy Bentham en passant par Épicure, nous murmurent que le bonheur n’est que la somme arithmétique de nos plaisirs moins nos souffrances.  Cette querelle, que l’on croyait figée dans le marbre des bibliothèques, a trouvé en Daniel Kahneman un arbitre inattendu. En disséquant la machinerie de notre cognition, le psychologue prix Nobel, disparu en 2024, n’a pas seulement identifié nos biais ; il a cartographié la dualité de l’âme humaine, offrant enfin une clé pour réconcilier l’extase du moment et la satisfaction du récit de vie. L’anatomie de nos deux consciences Le postulat de Kahneman est un acte de dé...

Avant la domination de l’homme par l’homme : l’Humanité égalitaire

Il est des récits qui pèsent lourd sur nos imaginaires collectifs. Parmi eux, celui de l’inéluctabilité de la domination, de la violence et des hiérarchies. L’histoire humaine, selon cette vision, serait une longue suite de luttes pour le pouvoir, marquée dès l’origine par la subjugation de l’Homme par l’Homme . Mais ce récit, qui a dominé nos représentations pendant des siècles, mérite aujourd’hui d’être revisité. Les travaux récents, en particulier ceux de David Graeber et David Wengrow dans The Dawn of Everything: A New History of Humanity (2021) , invitent à repenser radicalement l’histoire longue des sociétés humaines et à déconstruire l’idée selon laquelle les inégalités sociales seraient inévitables ou « naturelles ». Une humanité plus égalitaire qu’on ne le croit Pendant la plus grande partie de son histoire, l’Humanité a vécu dans des sociétés égalitaristes. Si l’on songe que les Homo sapiens existent depuis environ 300 000 ans, et que l’agriculture n’a émergé qu’il y a 10 00...

L’empathie et ses frontières : la sélectivité du cœur humain

L’empathie a longtemps été présentée comme le ciment moral de nos sociétés modernes. On l’invoque dans les discours politiques, on la célèbre dans les manuels scolaires, on l’appelle à la rescousse dans les temps de crise, comme si elle était la clé de la paix sociale et de la justice universelle. Mais derrière ce mot si séduisant se cache une réalité plus complexe. L’empathie, loin d’être un sentiment universel et impartial, est profondément sélective, malléable, et, comme le rappelle la neuroscientifique et autrice Samah Karaki dans L’empathie est politique , éminemment… politique. L’empathie, une faculté biaisée Les neurosciences et la psychologie sociale l’ont désormais bien établi : notre empathie n’est pas une lumière qui éclaire tout le monde avec la même intensité. Elle obéit à des circuits neuronaux spécifiques, parfois en compétition avec d’autres réseaux cognitifs, et surtout, elle s’active plus facilement pour les personnes que nous considérons comme proches, semblables, ou...

L'instinct de statut social, moteur essentiel de la nature humaine

L'instinct humain de recherche de statut social est un phénomène multifacette qui transcende les cultures et les époques. Ancré dans notre évolution biologique et psychologique, qu'il s'agisse de la hiérarchie au sein du groupe de référence, de la compétition sur les réseaux sociaux, ou des dynamiques politiques, économiques, sociales, sportives ou encore culturelles, le statut joue un rôle déterminant dans nos comportements et nos interactions.  Les fondements évolutionnistes du besoin de statut La notion de statut social prend racine dans la théorie de la sélection naturelle formulée par Charles Darwin. Les individus possédant un statut élevé au sein de leur groupe avaient, dans l'évolution, de meilleures chances de survie et de reproduction. Les primates, par exemple, montrent des comportements complexes de hiérarchisation qui influencent leur accès à la nourriture, aux partenaires et à d'autres ressources vitales. Depuis, de nombreuses études en biologie et psyc...